Chers zamis,

Merci d’avoir participé au lancement de la nouvelle aventure de ZeFishAndSheep, à savoir ce feuilleton du printemps qui s’intitulera ‘Ce vide dans tes yeux‘. Vous avez été quelques uns à vous prêter au jeu de répondre à nos questions indiscrètes.

Vous avez beaucoup aimé notre grande Clémentine, apparemment. Nous aurons donc une héroïne peintre en bâtiment.

Et puis vous nous suggérez les mots suivants : flaque, coquelicot, poulpe, antilope, fouet, courgette, Astarté, la poudre de perlinpinpin, amour, péremptoire et odieux.

Et vous avez eu envie de mer. De dispute en mer. Voire de naufrage en mer. La dernière figure imposée sera donc de commencer notre feuilleton par la phrase suivante : »Le fond de la barque jusqu’à peu simplement humide, ressemblait maintenant à une mare sur laquelle flottait une tong rose. Ils devaient se faire une raison : leur embarcation prenait l’eau, autant que leur amitié. »

On a plein d’idées. On y travaille déjà. …

Rendez-vous le 1er Mai ! D’ici là portez-vous bien (soleil, bronzage, vitamine D, découvrez vous d’un fil, toussa…) !

ZeFish & ZeSheep (ou parfois l’inverse)

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C’est le printemps ! Et comme vous, Ze Team a eu envie d’ouvrir grand ses fenêtres, de secouer ses édredons, de battre ses tapis et de faire rentrer des papillons. Une envie irrépressible de faire notre révolution. Et si on changeait de format ? Chiche ! Chers lecteurs, c’est ainsi que nous vous proposons une expérience un peu spéciale : une série de trois textes qui racontera une seule et belle histoire, un feuilleton dont vous choisirez les personnages, le début, les rebondissements, le décor et les dessous. Un feuilleton qui s’intitule ‘Ce vide dans tes yeux’ et dont nous vous proposons dès maintenant d’être les scénaristes.

Choisissez dans le formulaire ci-dessous la première phrase de ce feuilleton, un personnage que vous souhaiteriez voir apparaître, donnez-nous un mot (n’importe lequel), et cliquer sur le bouton ‘Envoyer’. Le sondage est ouvert jusqu’au 10 Avril, faites donc passer le mot auprès de vos amis – qui seront bientôt les nôtres.

Publication du premier épisode de votre feuilleton du printemps ‘Ce vide dans tes yeux’ : le 1er Mai (à quelques heures près, vous nous connaissez maintenant !).

defi_enfer

Voilà bien dix jours qu’il arpentait ce désert aride, depuis son expulsion du Paradis, après vingt siècles interminables de purgatoire. De nouveau sur Terre, fuyant le regard des hommes, il recherchait avec une exaspération croissante le passage qui le ramènerait enfin dans les profondeurs ardentes de l’Enfer.

Ce n’était pourtant pas la première fois que le démon Astaroth venait ici, mais il faut dire que l’endroit avait bien changé. C’était plus verdoyant autrefois. Il songea en ricanant que ce réchauffement climatique n’était cependant pas pour lui déplaire. Et si le feu jaillissait soudain de terre il s’y jetterais volontiers comme dans un bain purificateur. Mais son sourire crispé trahissait son inquiétude car il jugeait son avenir des plus incertains … Comment allait il être reçu en bas ? N’aurait-il pas perdu tout crédit auprès de son maître après cette funeste aventure qu’il avait vécu comme une véritable damnation ? Un comble pour une créature de sa condition !

Un parterre de Datura et de Mandragore mêlées attira aussitôt son regard. C’était le signe incontestable que son éprouvant périple touchait à sa fin. L’exhalaison des plantes maléfiques faisait planer comme un délicieux parfum de charnier alentour. La même odeur fétide se dégageait des âmes qu’il avait l’habitude de convertir à la cause du Mal. Combien en avait il ramenées à Satan ? Des milliers sans doute. Et il pourrait en justifier auprès d’Hadès, le gardien des Enfers, s’il en était besoin… Il n’allait d’ailleurs pas tarder à le revoir, et il redoutait par avance son jugement.

Quelques pas encore, et il se rendit à l’évidence : Oui c’était bien là ! A demi cachée par les broussailles desséchées, se dressait l’arche de pierre. A la lumière rasante du soleil couchant, la gravure d’un pentacle était encore bien visible en son sommet.

Il libéra vigoureusement la porte de l’étreinte de ces végétaux indésirables. Dans une langue incompréhensible au commun des mortels, il murmura quelques incantations qui apparemment eurent l’effet escompté : derrière l’arche, une dalle masquée par le sable s’ouvrit pour découvrir l’entrée d’un passage souterrain. Il descendit les marches poussiéreuses pour atteindre une salle obscure dont les murs étaient couverts de signes cabalistiques, animés de reflets rougeoyants. Il entendit la porte se refermer derrière lui dans un crissement de sable chaud.

Sur l’autel de lave noire qui trônait au centre de la pièce, il découvrit ce qu’il cherchait : une jatte de terre cuite remplie de monnaies en argent et la fameuse dague de bronze, les clés indispensables à son retour. Les ossements disséminés sur le sol témoignaient de ses précédents passages en ce lieu.

L’impatience le tenaillait maintenant. Il glissa un des deniers d’argent entre ses lèvres asséchées, se saisit de la lame et sans plus attendre l’enfonça puissamment des deux mains entre ses côtes. Son cœur palpita d’excitation autour du métal qui le transperçait. Dans un gémissement de contentement il s’affaissa et roula sur le dos. Un filet de sang ruissela le long de sa joue grisâtre. Quelques soubresauts animèrent encore sa carcasse, puis la douleur nécessaire se dissipa à mesure que les ténèbres embrumaient sa conscience.

La barque voguait déjà sur les eaux brunâtres et nauséabondes du Styx lorsqu’il revint à lui.

Cette odeur acre et pestilentielle ! Pas de doute, il était de retour chez lui, enfin ! Il garda les yeux fermés encore quelques secondes pour jouir pleinement de cet instant de plénitude.

Se rehaussant sur un coude il reconnu sans surprise la trogne sombre et ravinée de cette vieille pourriture de Charon, le passeur attitré des enfers. De part et d’autre de la barque, une douzaine d’âmes perdues ramaient fébrilement. Leur regard ne traduisait qu’incompréhension et effarement. Le sinistre barreur en haillons leur assénait ponctuellement de cuisants coups de fouet pour les motiver. Tout ceci n’était pourtant qu’un voyage d’agrément comparé à l’éternité de souffrance qui les attendait de l’autre côté.

Astaroth, bien remis maintenant, et plein d’allégresse, leur souhaita la bienvenue en les gratifiant de quelques coups de griffes bien sentis. Charon n’apprécia guère cette démonstration de joie, quoique bien légitime après autant d’années d’absence, mais qui ralentissait néanmoins son embarcation. Il n’était pas de bon ton de contrarier Charon, dont l’humour n’était pas la première des qualités. Il se rassit donc tout en lacérant sournoisement une dernière fois la chair blafarde de l’un des galériens improvisés.

– « Je vois que tu n’as pas oublié ta prime vieux rat », lui dit il lorsqu’Astaroth se souvint du denier d’argent qui avait maintenant disparu quelque part dans les plis de la robe informe et noirâtre du passeur.

L’immonde vieillard se contenta de répondre par un grognement sourd et continua, froidement, à diriger son esquif vers l’autre rive de la rivière putride.

Le contact de ses pieds sur la berge de braises fut un pur délice et le soufre qui lui emplit à nouveau les poumons était si enivrant. Il contempla un instant le ciel charbonneux parcouru d’éclairs rougeoyants. Tout ceci lui avait tant manqué !

L’activité battait son plein alentour. A perte de vue, tournaient des rôtissoires emprisonnant les mécréants condamnés à la brûlure éternelle. Ce vacarme entremêlé de machines et de hurlements de désespoir composait une partition d’une parfaite harmonie, d’une richesse inégalable, la plus belle des musiques qu’il eut entendue depuis longtemps.

Il fallait néanmoins se hâter. L’annonce de son retour avait déjà dû parcourir tout le royaume et son maître était certainement brûlant d’impatience de le recevoir.

Sur le chemin qui le menait vers le temple d’Hadès, un trio de succubes bien délurées lui firent presque oublier son intention première. A un autre moment il n’aurait pas rechigné à les culbuter toutes les trois furieusement sur le tapis de cendre incandescent. Mais pour l’heure il était juste soucieux de reconquérir sa place parmi l’élite des démons à laquelle il appartenait.

Enfin… était ce encore vrai… ?

Il parvint enfin aux portes du palais. Les gardes autrefois très pointilleux le regardèrent à peine lorsqu’il entra, esquissant une vague grimace en guise de laissez-passer. Il en fut très étonné et ne manquerait pas d’en faire un rapport à qui de droit !

Au fond du temple, il découvrit Hadès, avachi sur son trône de laves rougeoyantes. Il avait l’air de s’ennuyer ferme. Il tenait à la main un verre contenant une substance bouillonnante aux effets certains dont il avait apparemment déjà bien abusé.

Astaroth, s’approchant de l’autel, se prosterna bien bas devant son souverain, en guise de respect.

– Oh Hadès grand maître des enfers veuillez me pardonner car j’ai failli. Mais me voici de retour pour vous servir jusqu’à la fin des temps !

– Cher Astaroth ! J’ai oui dire que tu avais connu quelques tracas en effet … Relève toi, et au Diable les conventions ! Prends un verre et viens t’asseoir près de moi. Tu vas me raconter tout ceci dans le détail.

Astaroth, étonné par cette familiarité inhabituelle, se releva précautionneusement. Le Maître était coutumier des mauvaises blagues, et la prudence était donc de mise. Le châtiment pouvant être cuisant, il va sans dire. Il posa fébrilement son séant sur le siège qu’Hadès lui désigna. Il entama son récit d’une voix peu assurée.

– Hum, hum … Voici donc mon Maître la triste histoire dont je fus la victime.

J’assistais avec délectation au dernier soupir de Jésus sur le Golgotha, lorsqu’une croix des suppliciés, malheureusement mal arrimée s’abattît sur moi ! Avant que je ne réalise ce qui s’était passé, me voici aspiré dans les limbes, avec les autres martyres qui avaient péri le même jour sur la colline, direction le Paradis !

Me retrouvant à la porte de l’Eden, j’ai eu beau protester auprès de St Pierre de l’injustice qui m’était faîte, et de la honte de me trouver là, rien n’y fit ! Par Satan notre Seigneur !!! Ils me laissèrent mariner trois jours dans une atroce cellule couvertes de fresques de Saints plus repoussants les uns que les autres ! Leur regard empreint d’abjecte bonté me poursuivait sans répit dans cette pièce exiguë. Au quatrième jour, je vis apparaître au loin le jeune faiseur de miracle qui avait aussi rejoint le royaume des cieux. Keuf ! Keuf ! Ce mot m’étouffe ! Excusez moi.

Hadès lui passa un verre de son élixir pour l’encourager à continuer. Astaroth avala goulûment quelques gorgées du breuvage purificateur.

– Mon pauvre ami… Les méprisables crapules ! Comme tu as du bien souffrir. Vas y poursuis…

– Je les vis alors discuter énergiquement. Après maintes palabres dont je n’entendis rien, Jésus vint me voir en arborant une mine qui ne présageait rien de bon. Effectivement, il m’annonça qu’il avait fait le pari avec le gardien des clés de réussir à me ramener dans le droit chemin. Cela prendrait le temps qu’il faudrait, mais il y arriverait coûte que coûte. De toutes façons, de la manière dont il avait été reçu sur Terre, il ne prévoyait pas de mission ultérieure avant longtemps. Il avait donc tout le temps de s’occuper personnellement de mon cas. S’en suivit tout un baratin auquel je restais sourd tant j’étais atterré.

Je vous passe les détails, mais après plus de 2000 ans de détention dans des souffrances indescriptibles, ils ont enfin fini par me relâcher pour mauvaise conduite ! Me voici donc, prêt à vous servir comme au premier jour !

– Oui … Bon … Sinon c’était comment la haut ?

– J’y ai vécu mille tourments, croyez moi.

La nourriture était infecte, insipide… ils mettent du miel partout. Pas de piment ni de poivre, même pas un soupçon de muscade dans la purée, je vous dis … beurk !

Quand à la musique, une véritable torture aussi. Leurs messes interminables me faisaient tordre de douleur. Et quand j’osais demander du death metal, ils me punissaient avec du Vanessa Paradis !

– Du quoi ????

– Non laissez, j’en ai encore les cornes toutes retroussées d’effroi.

– Et les filles de là bas alors ? Tiens ressert toi un verre et raconte moi quelque histoire croustillante !

– Comment dire … Hum … C’était des anges … enfin vous comprenez ?

– Ah ! Oui je vois … Mon pauvre ami !!!

– Parler de tout cela me fait du mal,  et je préfère penser à l’avenir. Je suis prêt pour une nouvelle mission sur Terre afin de pervertir encore plus d’âmes innocentes.

– Repartir ? Ahaha ! N’y pense même pas.

– Pardon grand Maître ? Mais pourquoi donc ?

– Il est vrai que tu a raté beaucoup de choses en plus de 20 siècles … Il n’est plus besoin de les pervertir, ils arrivent d’eux même maintenant.

– A ce point ? Vraiment ?

– Te souviens tu des sept pêchés capitaux ? Envie, luxure, etc … ?

– Oui bien sûr, sauf votre respect, je vous rappelle que c’est mon fonds de commerce quand même !

– Et bien ils s’en font des cocktails depuis belle lurette sans même nous demander notre aide. Et ça s’est accéléré ces derniers temps. N’étais tu pas informé des événements de la vie terrestre dans tes nuages ?

– Non, j’étais coupé de tout, pour favoriser ma reconversion à leur détestable idéologie.

– Et pourtant il s’en est passé des choses intéressantes, crois moi ! Tiens ne serait ce que depuis un siècle … Les camps de concentration, ça t’interpelle ? Évidemment que non … et bien des millions d’innocents y ont péri. En plagiant nos méthodes en plus. Le communisme, ça te dit quelque chose ? Non plus, bien sûr … des dizaines de millions de victimes ! Ah ça t’épate ça !!? C’est pas les quelques milliers auxquels tu étais habitué au bon vieux temps, n’est ce pas ? Je te rajoute le massacre des arméniens un peu plus tôt des cambodgiens plus tard, des Kurdes ou des rwandais plus récemment … et j’en passe. Et souvent les victimes d’autrefois deviennent les bourreaux d’aujourd’hui ! Ça en fait des ordures à rôtir tout ça hein ?

– Rhaaa ! Que tout ceci est affligeant ! Aurions-nous donc perdu toute influence malsaine sur le monde des vivants ?

– L’humanité s’est condamnée elle même je te dis. Et quand je pense que certains s’entre-tuent encore au nom de la religion et qu’ils se retrouvent tous ici quelque soit leur confession …. les imbéciles ! Si tu voyais leur mines déconfites à leur arrivée ! Le commando suicide se retrouvant face à ses victimes me rend toujours hilare !

Je t’ai parlé des massacres organisés, mais d’autres plaies rongent aussi ce monde : l’individualisme, l’argent, la corruption, la destruction des ressources naturelles … les humains eux même surpassent de loin tout ce que nous avons pu réaliser dans le passé, et ceci à l’échelle globale. Tu comprends que maintenant l’Enfer ce n’est plus nous qui le faisons, c’est les autres en bas. Tu as bien œuvré dans ton temps, et je t’en remercie. Mais aujourd’hui je dois te confesser que nous n’avons plus besoin de tes services.

Laisse-moi maintenant, va te distraire avec quelques ensorceleuses … et puis va te saouler au cercle des anciens, ce n’est pas les Champs Élysées mais on s’y amuse bien quand même. Reviens me voir après demain, je t’informerai de ton sort. Je crois qu’un poste de chef d’équipe s’est libéré au grill des traders, on en a reçu toute une fournée récemment, ils sont durs à cuire ceux là.

Allez mon ami ne fait pas cette tête de déchu … tu t’y feras, comme nous tous, tu verras…

Chers lecteurs, lectrices, et chats errants du web du net,

Nous voici de retour, après une petite coupure hivernale. Le temps de prendre nos petites pilules bleues et vertes, refaire nos stocks de vitamines et de noisettes, qui avaient largement descendu avec les heures de travail consacrées à notre public, avouons-le. ZeFishAndSheep sera pour ce nouveau défi un peu ZeSheepAndFish. Comprendre, le dessinateur devient écrivain et l’écrivain s’improvisera dessinateur. Oui, nous sommes courageux. Et nous avons choisi un thème qui vous donnera l’occasion de nous en faire baver (c’est le cas de le dire) :

‘Enfer’

Racontez-nous tout ! Dites-nous quels mots et maux peuplent vos enfers.

Pour le rappel des règles du jeu c’est en cliquant ici : https://zefishandsheep.wordpress.com/les-regles-du-jeu/.

Pour nous envoyer votre contribution (un mot, un seul, puisque nous vous imposons la torture de choisir) c’est sur ce blog, en laissant un commentaire ici : https://zefishandsheep.wordpress.com/2013/02/19/we-are-back/#respond

On vous attend aux portes de l’enfer…

defifastfood

Bill se grattait le nez d’une main, et de l’autre tenait son téléphone.

–          Oui, maman. Ne t’inquiète pas, maman. Oui, maman. Bien fermée. Oui. Sûr.

–          Elle flippe ? demanda Jo qui fixait la route et conduisait prudemment la camionnette

–          Non, check-list de dernière minute, tu la connais, chuchota Bill en couvrant son téléphone.

Jo hocha la tête. Oui. Il la connaissait. Il n’avait connu qu’elle d’ailleurs. La mère de Bill, qui était aussi la sienne. Un cerveau, une femme de valeur, une chef de bande. Depuis dix ans, elle menait à la baguette le mouvement Bio Hazard. Un mouvement entré dans la clandestinité en 2014, après l’entrée au capital du gouvernement de « WeLov’U ». La multinationale tenait maintenant les rênes du pays, et savait faire taire les voix dissidentes. Résultat, Bill et Jo servaient la cause depuis leur adolescence. Transportant des messages codés d’un quartier à l’autre, des meringues faites maison, des armes, du pain frais. Aujourd’hui,  c’était le jour J du mouvement. La dernière mission, leur répétait leur mère. « Mes ptits chéris. Si vous y arrivez, on en aura fini avec WeLov’U. Que la force du grand Michelin soit avec vous. »

Dans une heure la vie de tous les habitants du pays changerait.

Le téléphone sonna à nouveau.  Bill soupira.

–          Oui. Maman.

–          …

–          Oui. Il a mis une écharpe. Oui. Aussi. Parfait. Oui. Oui. Dis-donc, tu ne crois pas que ce serait plus prudent que tu appelles moins.

–          …

–          Oui. Cryptés. D’accord. Tant mieux, maman, tant mieux.

Jo se concentrait sur la circulation. Les caméras régulaient le flot continu de voitures et de bus. Peu de conducteurs fougueux. Ils dépassèrent un kiosque à chocolat. La camionnette était lourde, la bouteille géante de lotion Schoum qui dépassait était pleine. Schoum. Connue pour ses  vertus digestives, composée d’herbes rares,  le nectar de cette société de malbouffe. Leur mère leur interdisait d’en boire. A eux, et à tout le mouvement. Une centaine de gaillards.  « Ce que vous avez de plus précieux, les gars, c’est votre goût. Rien ne doit vous aider à apprécier un met. Rien ne doit vous aider à le digérer. C’est mauvais ? Faut le dégueuler ! Et casser la gueule au cuisinier ! »

Résultat des courses, Bill, Jo et les autres avaient un système digestif délicat et ne pouvaient se nourrir que de légumes frais, de yaourt au lait de chèvre, de fromages affinés en cave humide, de fruits protégés des pluies acides. Une équipe de cinq vigneron-orfèvres était dédiée à l’entretien des vignes souterraines, qui leur assuraient une honnête production de vin bio.

–          Dis, tu as su pour Marcel ?

–          Non.

–        Contrôle de routine. Au bureau.

–          Non ?

–          Si ! Cholesterol à moins de 1, artères débouchées, circulation du sang fluide, tension stable, glycérides en dessous de 50%. Ils ont tout de suite détecté qu’il s’alimentait par les circuits alternatifs. Il a écopé d’une cure de trois semaines à Chantilly-sur-Gras.

–          Hargh. Non. Les salauds. Faut vraiment mettre fin à tout ça.

–          Et depuis que WeLov’U a investi dans les cercueils et les églises, c’est de pire en pire. Tu as entendu leur dernier slogan. « De vôtre premier souffle à votre dernier soupir, WeLov’U est avec vous ». Ils sont partout. Dans les biberons, les cantines, les centres de gériatrie, les hosties.

Bill soupira. Les temps étaient durs. Il avait maigri. Perdu 5 kilos en six mois. Il risquait de se faire repérer. Mais il était devenu tellement difficile de trouver de quoi faire des repas corrects. Même à la campagne, chaque exploitation, chaque parcelle cultivée appliquait l’agriculture intensive. Dès que la terre indiquait la présence de vermine naturelle, d’asticot facétieux, de racine de pied-pou, ou toute autre pollution naturelle, les drones chargés de l’arrosage automatique aspergeaient le sol de substances chimiques adaptées, renforçant au passage le vermillon des tomates sans goût ou le vert foncé des épinard cartonnés.  A l’approche de l’usine, Bill et Jo enfilèrent d’un même geste leur casquette de livreur, au couleurs dorées du Schoum. Le garde à l’entrée les connaissait maintenant. Il leur fit signer quelques papiers et les laissa passer. Jo en profita pour subtiliser un stylo sous l’œil désapprobateur de son frère. Ils se garèrent en silence sur la place qui leur était destinée. BZ452, le cul de la camionnette vers le rideau métallique. L’usine occupait la place de l’ancien parc, qui avait été rasé. La production était continue, évidemment. Les camions entraient, sortaient, livraient. John Mac Opustule le clamait partout « Nous travaillons chaque instant pour que vous puissiez savourer nos spécialités équilibrées. » Et il croquait dans un beignet gras de viande frite, garni de quelques chips. Parfois il vantait les mérites de ce dessert en forme de pomme, qui était un bonbon géant, contenant autant de sucre que 5 fruits, les vitamines en moins.

La consigne était claire. On accompagne la marchandise jusqu’au bout. Le téléphone de Bill vibra encore. Jo jeta un coup d’œil à l’écran que lui tendait son frère. « Allez les gars, haut les cœurs, et rappelez-vous, on n’est pas des bonnes sœurs. » La bouteille avançait vers le cœur de l’usine, calée sur un socle fixé sur un tapis roulant. Un bras articulé délesta la bouteille de son bouchon de liège. Une paille géante descendit du faux-plafond duquel pendait une multitude d’outils en inox scintillant et plastique noir mat. Le liquide courut jusqu’au chaudron géant qui trônait au milieu du hangar. Une mélasse grumeleuse y était en molle ébullition. La composition des protéines hachées de WeLov’U était tenue secrète, mais le Schoum en était l’élément clé. Aujourd’hui, la formule serait enrichie. Virus. Fait maison. Les biologistes de Bio Hazard avaient travaillé patiemment à l’élaboration de cette arme chimique. D’abord les estomacs se contracteraient, puis les intestins gémiraient, enfin, l’épidémie de gastro se propagerait. Il faudrait au moins deux semaines pour éradiquer le mal. Deux semaines où chaque individu sur terre ne pourrait absorber autre chose que de l’eau. Plus un seul cornichon chimique ne serait consommé. Le cheddar de WeLov’U pourrirait dans les frigos. La machine à fric serait bloquée, au rythme des estomacs. La faillite, le vide menaçait l’ennemi. Les consciences s’éveilleraient, les corps se libèreraient.

Le moment était historique. Bill et Jo avaient la gorge serrée. « Alors, les gars, je vous y prend ! On espionne pour le compte de Bio Hazard ? ». Leur deux cœurs battirent légèrement plus vite, ils étaient à l’affût. Mais de longues années de missions délicates leur avaient appris à garder un certain calme en toute situation. Bill pivota pour intercepter l’ennemi, il découvrit un nouveau garde, qui les observait, méfiant. « Bio Hazard ou le ministère des affaires sanitaires ! Ils sont tous après la formule, tu sais bien, camarade ! » répliqua Jo. Il partit d’un grand éclat de rire. Quelques clins d’œil complices vers le nouveau venu, et l’affaire fut réglée.

Lorsque l’intégralité de la bouteille eut disparu dans la mélasse de polyphosphates, Bill et Jo regagnèrent à pas lent la camionnette, comme ils le faisaient depuis six mois. Lorsqu’ils passèrent le portail de sortie, ils se tapèrent sobrement dans les mains. Le téléphone de Bill clignota. « Allez, les petits chéris, on rentre au bercail, on met les masques, et on se détend ».

Chers fans,

Merci, merci pour vos contributions variées et amusantes sur le thème de Fast Food. Récapitulons :

polyphosphates, bio, malbouffe, gastro, glycérides, michelin, cheddar, exploitation, pollution, kiosque, schoum, paille, cornichon

Ha ? les forts en math aurons noté qu’il y a 13 mots, et non pas 10. Oui. Parce que … vous nous avez pris par surprise, les mots ont afflué, et nous n’avons pas eu le temps de fermer les vannes avant la fin de la vague…

Donc nous voilà devant le dilemme de faire une entorse à nos règles du jeu. Ne reculant pas devant cette première difficulté de fonctionnement, nous avons fait le choix de faire une exception à nos toutes jeunes règles, en espérant mieux gérer votre emballement la prochaine fois.

Allez ! Rendez-vous le 1er Février pour une livraison graphico-littéraire digne de vos mots. d’ici là, mangez bien 5 fruits et légumes chaque jour !

Voilà. On est en 2013. Noël c’est fini, vous vous êtes sans doute débarrassé de ce sapin qui devenait encombrant et perdait ses poils. Les dernières boites de chocolat sont vides – ou ont subi le même sort que le sapin. La vie a repris son cours. Vous avez encore un peu d’énergie pour être fou ? Que diriez-vous d’aider Ze Team à créer une oeuvre graphico-littéraire sur un thème aussi banal que :

Fast Food

Allez, dites-nous tout le bien ou le mal que vous pensez de notre société fast food, ou racontez-nous vos recettes fast food préférées, parlez-nous de votre chat que vous avez appelé fast food. En un mot, évidemment (et en évitant de faire de la pub pour les marques, sinon on sera obligé de marquer « mangez 5 fruits et légumes par jour » dans notre production).

Si vous vous posez la question « Mais pourquoi la team ne veut qu’un seul mot ? » c’est sans doute que :

1) vous ne savez pas qu’on ne dit pas « La » team, mais « Ze » team, et

2) vous n’avez pas lu les règles du jeu (ça tombe bien elle sont pas loin, là : https://zefishandsheep.wordpress.com/les-regles-du-jeu/ ).

Pour les autres, allez-y, partagez votre mot

– en laissant un commentaire ici https://zefishandsheep.wordpress.com/?p=441#respond

– en envoyant un pépiement sur Twitter @zefishandsheep

– en tapant un joli mail à l’adresse de zefishandsheep at gmail dot com

– ou encore par SMS (comment on n’est pas dans votre agenda ? mais si regardez à V comme Virginie ou P comme Patrice)

On attend vos bijoux de mots…